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Pots-de-vin à Phnom Penh
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Supharidh Hy  
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 More options Mar 26 2005, 4:15 pm
From: Supharidh Hy <h...@un.org>
Date: Sat, 26 Mar 2005 16:15:49 -0500
Local: Sat, Mar 26 2005 4:15 pm
Subject: Pots-de-vin à Phnom Penh
L'Express
28 mars 2005

Pots-de-vin à Phnom Penh
par Sylvaine Pasquier

Le pouvoir cambodgien se révèle aussi corrompu que corrupteur. L'Express en
apporte la preuve

Sur papier à en-tête du gouvernement royal du Cambodge, l'un des documents
dont L'Express a obtenu copie, daté du 17 mai 2004, porte la signature du
Premier ministre, Hun Sen. Il ordonne qu'un avion, modèle Falcon 20 E,
série 322, soit «transféré du département de Transport aérien des hautes
délégations», pour être «placé sous le contrôle du prince Norodom
Ranariddh, président du Funcinpec [le parti royaliste]». Ce modeste
«cadeau» précédait de peu l'accord scellé le 30 juin 2004 entre les deux
dirigeants. En se ralliant à Hun Sen, le prince sortait ce dernier de
l'impasse politique qui l'empêchait, depuis un an, de former un
gouvernement - le Parti du peuple cambodgien (PPC) ne disposant pas à lui
seul d'une majorité suffisante. Dès juillet 2004, un journal en langue
khmère dénonçait les «pots-de-vin» offerts à Ranariddh pour prix de sa
rupture avec l'Alliance des démocrates - qui réunissait les royalistes et
le Parti Sam Rainsy (PSR), principale force d'opposition. Outre le Falcon,
il aurait perçu plusieurs dizaines de millions de dollars versés par des
hommes d'affaires proches du PPC. Le prince n'a pas daigné démentir.
L'opposition ose-t-elle réclamer des explications que les tenants du
pouvoir se liguent pour l'abattre.

Le 3 février dernier, l'Assemblée nationale levait l'immunité parlementaire
de Sam Rainsy, dirigeant du PSR, ainsi que celle de Chea Poch et de Cheam
Channy, deux élus du même parti. Les Nations unies, le Sénat australien,
des élus et des officiels américains, le Parlement européen… réagissent
avec vigueur. L'ex-roi Norodom Sihanouk suggère en vain un plan pour régler
la crise.

Un assassinat, une mort inexpliquée...

Une avalanche de plaintes en diffamation s'abat sur Sam Rainsy - quelques
unes sur Chea Poch. Adepte, d'ordinaire, de méthodes plus expéditives, le
régime aurait-il changé de tactique? Tant qu'à neutraliser l'adversaire à
moindres frais, les tribunaux, aux ordres, peuvent servir. Le Funcinpec, le
PPC, une poignée de bonzes et businessmen affiliés s'y emploient. Hun Sen
lui-même assigne en justice le chef de l'opposition, qui l'a mis en cause
dans l'assassinat du syndicaliste Chea Vichea. Avant sa mort, celui-ci
avait enregistré une cassette où il faisait état d'une liste d'opposants,
dont lui-même, que le pouvoir chercherait à éliminer…

Sam Rainsy et Chea Poch ont réussi à quitter le pays. Cheam Channy a été
incarcéré à la prison militaire de Phnom Penh. Chargé de la défense au sein
du «shadow cabinet» du PSR - ce qui n'a rien d'une activité séditieuse - il
est accusé, sans preuves, d'avoir formé une «armée de l'ombre». On craint
que des «aveux» ne lui soient arrachés sous la torture.

Malgré l'état de la justice cambodgienne, sélective et inféodée au régime,
Sam Rainsy contre-attaque sur le terrain de la corruption. Le 10 janvier
2003, le prince Ranariddh, en sa qualité de président de l'Assemblée
nationale, signait avec Cheam Yeap (PPC), à la tête de la commission des
Finances, un contrat attribuant la construction du nouveau siège de
l'Assemblée - pour «26 673 350 dollars» - à Ly Chhuong, patron d'une
compagnie locale. Coïncidence, le fils de ce dernier et la fille de Cheam
Yeap s'étaient mariés quelques semaines plus tôt.

Une société australienne rivale, la 5 Golden Stars, associée à une firme
thaïlandaise et à un entrepreneur cambodgien, Kim Kheang, a été écartée.
Elle proposait de réaliser l'édifice avec les mêmes spécifications pour «13
millions de dollars». Témoin clef dans cette affaire, Kim Kheang est mort
le 7 février d'un mal soudain et non élucidé… Procédé typique de la
corruption, la surfacturation des contrats publics s'exerce au détriment du
budget de l'Etat. Sachant que les pays donateurs financent à plus de 50%
celui du Cambodge, voilà qui devrait les inviter à la réflexion.[Fin]


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